En guise de mot de la fin : parlons filiation …

Voilà, ainsi s’achève notre parcours pour accéder au statut de parents. Plus de dix années se sont écoulées depuis ce jour où nous avions décidé « Et si on faisait un bébé ? ». Dix années de projets en tout genre, jalonnées de bons moments, de galères, de cries de joies et de moments de profonde déprime. 

Tout ces années ont enfin été récompensées, et par deux fois. Nos deux trophées sont tout ce que l’on pouvait espérer de mieux, le choix des dieux : Une fille et un garçon. 

Dans le contexte actuel, où il existe de multiples tensions quant à la définition la plus profonde du mot « filiation », nous, parents adoptifs, pouvons affirmer qu’il existe bien une alternative à la filiation biologique. Nous ne dénigrons en aucun cas cette dernière, mais pour reprendre une phrase très célèbre d’un de nos anciens présidents de la république française, « vous n’avez pas le monopole du cœur ! ». Non en effet, les parents biologiques n’ont pas, à eux seuls, le monopole du cœur. Nous revendiquons haut et fort au respect de notre filiation, tout aussi forte, je nomme la filiation du cœur. 

Nos enfants, qu’ils soient blanc ou caramel, nous les aimons aussi fort, l’un comme l’autre, et sûrement même plus que bon nombre d’autres parents. Le désir de parents est ancré en nous, ce doit être nos instincts de mammifère qui nous y poussent. Nous aussi nous souhaitions léguer quelques choses, pas spécialement matériel, mais plus éducatif, léguer notre expérience de la vie. 

Le désir d’enfant, ce désir de créer une famille existe depuis la nuit des temps. Quelques soient les raisons, d’infertilité, de stérilité, nous nous sommes tournés vers l’adoption pour actualiser ce désir d’enfant et accéder à
la parentalité. Le désir d’enfant, c’est un instinct de vie. 

Par contre, adopter un enfant, et de surcroît différent physiquement de nous, a amené une multitude de questions et nous a, par conséquent, amené nécessairement a une réflexion consciente et rationnelle. Ce fût une démarche plus têtue, plus volontaire, plus responsable qui nous y a conduits. Elle exigea de nous-mêmes automatiquement beaucoup de détermination, ce qui fût notre cas, vous pouvez me croire. L’adoption devient au final une valeur en soi, une raison de vivre, une finalité. 

L’adoption nous a permit de réaliser notre projet parental, de développer une relation privilégiée avec un enfant, nos enfants. La seule et unique raison qui nous a poussée à vouloir accueillir un enfant chez nous, c’était simplement pour fonder une famille.   

Bien entendu, dans notre démarche nous n’avons à aucun moment minimisé « l’intérêt de l’enfant », d’autant plus lorsque l’on se tourne vers l’adoption internationale. C’était l’un de nos critères prépondérant qui nous a guidés dans le choix du pays de notre enfant. 

La longue attente liée à toute les démarches de l’adoption nécessaires tant en France qu’à l’étranger, et en Colombie en particuliers, n’a fait que raviver notre désir d’enfant. C’est à cette occasion que notre projet a  mûri dans nos têtes.   

Même si nous n’avons pas matière à comparaison, je pense sincèrement que l’on a attendu nos enfants encore plus profondément que dans le cadre d’une grossesse normale. 

Mais avant d’arriver à cette envie d’adopter, inconsciemment, on renonce nécessairement à tout lien par le sang entre nous et nos enfants.  À travers ce deuil de l’enfant rêvé, peu à peu on accepte le fait que nos enfants seront issus d’un autre ventre. Adopter, « c’est accepter de ne pas avoir d’enfant en soi », c’est accepter de ne rien connaître d’eux, souvent sans savoir d’où ils viennent, mais dont le besoin d’amour et de reconnaissance nous donne simplement l’envie de les aimer encore plus fort. 

La notion de filiation, fait référence dans notre société actuelle traditionnellement et prioritairement à l’aspect biologique. Le simple fait de rabaisser la filiation de cœur en une notion de « sous-espèce », relève davantage des mythes et croyances, que notre culture nous a imposée depuis de nombreuses décennies, que de la réalité. 

Car il n’y a pas d’enfants plus « vrais » les uns que les autres, pas plus qu’ils y a de « vrai » parents ou de « faux » parents ! On est parent, un point c’est tout, que l’on soit légitime, adoptant ou naturel.  On devient parents, on ne naît pas parents. On le devient en élevant, en éduquant, pas seulement en concevant. D’un point de vue légal ou biologique, c’est l’appellation de la filiation elle-même qui est légitime, naturelle ou adoptive, mais les enfants sont simplement les enfants et les parents les parents. 

En d’autres temps, on faisait une distinction entre parents légitimes et parents naturels, et adopter un enfant était mieux vu dans la société que d’avoir un « bâtard » à la maison. 

En fait, ce n’est pas tellement la forme de filiation qui importe, mais bien le lien véritable qui se tisse entre nous les parents et nos enfants.  Et ce lien sera d’autant plus fort que nous n’idéalisons pas nos enfants, que nous les acceptions tels qu’ils sont, que nous les recueillons avec leur histoire, que nous les aimons ainsi, même si on ne leur a pas donné
la vie. On leur donne ce dont ils ont le plus besoin : de l’Amour.   

Clairement, ces dix années à attendre et espérer, nous les avons vécus comme deux « grossesses de cœur ».  Notre filiation est essentiellement émotionnelle, sentimentale, affective. De cœur quoi ! 

L’essence même des liens n’est pas le sang, mais tout simplement le cœur, l’amour. L’absence de ressemblance physique n’est pas un empêchement à l’acceptation de nos enfants. Dans le cas de Marion, il est clair que personne ne se retourne sur notre passage pour dire « Oh elle est jolie la petite fille adoptée ». En revanche, avec Yohan, le doute n’est plus permis. Nous somme deux faces de craie, et lui d’une belle couleur caramel. 

Que ce soit l’un ou l‘autre,  aucun des deux n’ai sorti du ventre d’Iliana, mais au file des années, je puis certifier que les liens qui nous unissent avec Marion sont très fort et rien n’ai venu changer cet état de fait. Plusieurs de nos amis parents adoptifs ont eu le bonheur de gouter à la grossesse, et à la naissance de leur fils ou de leur fille, et ont aussi adopté de deux à trois enfants. Ils reconnaissent volontiers que la grossesse et l’enfantement leur a  vraiment prouvé que les liens du sang ne sont pas plus forts.  Et insiste sur ce le fait que ceux qui n’ont pas vécu cela ne peuvent pas comprendre… 

Contrairement a bien des idées reçues, nous autres parents adoptifs, nous ne choisissons pas nos enfants sur catalogue, pas plus que lors d’une naissance naturelle. Nous avons fait confiance au choix que d’autres ont fait pour nous.  Comme pour bon nombre d’autres parents adoptifs, une fois nos enfants dans nos bras, chez nous, nous constatons que ce ne pouvait pas être un autre enfant que lui ou qu’elle. 

Se tourner vers l’adoption internationale fût un choix conscient, avec un  travail sur nous-mêmes, consciemment et inconsciemment aussi, pour accepter et nous ouvrir à la différence, accepter que notre enfant puisse être différent de nous. En effet, ce choix ne nous permettait pas de faire « comme si » l’enfant était « de notre propre sang ».  Comme je le disais, avec Marion, blondinette, à la tête « bien de chez nous », rien ne peut dire qu’elle est adoptée, contrairement à son frère. 

Maintenant, avec le recul, on peu comparer les deux types d’adoption. En France et en Colombie. L’adoption de Yohan en Colombie a constitué une expérience unique et extrêmement enrichissante, sans commune mesure avec l’adoption de Marion. En revanche celle de Marion a été vécue plus émotionnellement lors de la rencontre avec elle. Pour Yohan, la rencontre a été quelque peu bouleversée, ce qui ne nous a pas permis de ressentir cette même émotion. L’émotion, nous l’avons eu à notre arrivée à l’Hôtel. Était-ce aussi parce que c’était le deuxième et que nous étions déjà un peu « rôdés »? Allez savoir ! 

L’autre différence fondamentale entre ces deux adoptions, c’est l’intérêt que nous portons au pays d’origine de Yohan, à sa culture.  Le notre, celui de Marion, tant par filiation que de naissance, nous le connaissons déjà, nous l’arpentons quotidiennement. 

Le pays d’origine de Yohan est devenu en quelque sorte notre pays d’adoption à nous aussi.  A l’écoute du nom « Colombie » dans une conversation, à la télévision, nous fait nous retourner systématiquement. Au de là de l’accomplissement de notre projet affectif et identitaire, l’adoption internationale nous a permis de poser un pont entre nos deux pays de cœur, un pont entre nos deux cultures, si éloignées géographiquement et si culturellement proche finalement. 

Enfin, cette ouverture à la différence « visible » nous prédispose d’autant plus au plus grand respect de la différence chez les autres, mais aussi au respect de la différence « intérieure » de Yohan, on accepte ses différences, quelle qu’elles soient, ses qualités comme ses défauts. 

Nous voilà au terme de notre voyage initiatique de
la parentalité. Nous sommes devenus parents, nous sommes parents, nous resterons parents. Il y a maintenant plus de 7 ans, nous obtenions notre premier « Permis de parents ». Sans ce précieux sésame, point de salut pour nous, point d’enfant possible dans notre foyer. 

Et vous, avez-vous eu besoin de ce « Permis », pour avoir le droit d’être parents ? Posez-vous maintenant la question sur l’Article 1er des Droits de l’Homme : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. » Bénéficie-t-on des mêmes traitements que tout le monde ? Vous a-t-on demandé un jour votre « Permis », lorsque vous avez eu votre première échographie ? 

Ce récit m’a permis en quelque sort de vider mon sac, d’effet « soupape », de relâcher la pression accumulée durant ces longues années d’attente. Mais il m’a permis aussi de mettre noir sur blanc mon ressentiment vis-à-vis de cette société actuelle qui n’accepte plus la différence, même celle de l’amour entre des parents et leurs enfants. 

Qu’il soit blanc, noir, jaune, rouge, ou de tout autre couleur, un enfant restera toujours un enfant. Regarder un enfant dans les yeux, au plus profond de son petit être, et toutes les barrières de langue s’évanouissent. Ses yeux parlent d’eux-mêmes, et on pourra lire et entendre « Aimes-moi ! », « Soit mon papa, soit ma maman ! »…  

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Et pour conclure notre périple…

Voici notre aventure parentale colombienne achevée. Malgré nos déboires administratifs qui nous ont agacés, et empêchés d’apprécier à sa juste valeur tant notre séjour que ce beau pays qu’est la Colombie. 

Mais ce pays, nous espérons tout de même vous l’avoir fait aimer, ou tout du moins vous avoir fait changer d’avis à son sujet. 

La Colombie est le pays le plus controversé, le plus méconnu et le plus énigmatique d’Amérique du Sud, cette terre est à l’image de son drapeau et des idées qu’il est censé véhiculer : dorée, comme son éblouissante orfèvrerie précolombienne ; marine, telle une ancre jetée entre les deux océans qui la bordent, le Pacifique, et l’Atlantique, sans parler de la mer des Caraïbes ; rouge, comme le sang versé des Indiens, des Noirs, des partisans de la révolution et de la démocratie, comme le sang versé des guérilleros, rouge comme ses couchers de soleil … 

Mais notre but, mon but est de faire tomber ces préjugés qui pèsent sur la Colombie et qui empêchent tout un chacun d’envisager ce pays comme une destination potentielle, au tourisme accessible. Il est vrai qu’à la seule évocation de son nom, notre esprit occidental bien veillant est instantanément envahi de clichés d’une grande violence : cartel de la drogue, terrorisme urbain, paramilitaires assoiffés de sang et d’argent, enlèvements et séquestrations en pleine jungle, garimpeiros (chercheurs d’or et d’émeraudes) aveuglés par l’appât du gain qui s’entretuent au fond des mines boueuses,… enfin en bref une idée d’insécurité perpétuelle. 

La Colombie est tout compte fait un pays aux multiples facettes. Il est indigène, comme ses admirables vestiges archéologiques et ses fabuleuses légendes précolombiennes ; ambitieuse, comme ses conquistadores téméraires et ses corsaires au sang froid redoutables, que nous avons crû entrapercevoir à Cartagena. Coloniale et rêveuse, comme ses charmantes villes à l’architecture espagnole ; héroïque et fière, comme sa foudroyante libération menée par Simon Bolivar, LE héros national ; moderne et bruyante, comme ses grandes métropoles industrielles et polluées (Barranquilla), ou aux gratte-ciel défiants les montagnes voisines (Bogotá) ; verte et précieuse, comme ses émeraudes et son bassin amazonien et sa côte caraïbes, moite et dense ; périlleuse et compacte, comme la cordillère de Andes qui la traverse, et ses routes tortueuses et sinueuses ; paradisiaque et créole, comme ses îles des caraïbes ; transparente, comme ses eaux tropicales (malgré la pollution des grandes villes côtières) ; multicolore, comme ses fruits tropicaux, sa faune grouillante et sa flore étincelante. 

Enivrante et latine, comme ses ferias et ses carnavals endiablés, tel celui de Barranquilla, que nous essayerons de voir… la prochaine fois. Musicale et dansante comme le Vallenato, la Cumbia et autre Merengue, qui rythme la vie quotidienne, à chaque coin de rue. Artistique et habile comme ses céramiques, son artisanat riche et varié. Talentueuse et audacieuse, avec Gabriel Garcia Marquez et Fernando Botero en chefs de fil. 

Mais la plus inépuisable des richesses de la Colombie reste celle des rencontres avec les colombiens, chaleureux et imprévisibles, avec toujours le sourire, et qui nous ont beaucoup aidé quelques soient les circonstances (hormis le …. de procureur !) 

Pour reprendre une phrase d’un moustachu de ma connaissance, « le plus grand risque en Colombie, c’est d’en tomber amoureux ! » 

… 


Le retour… l’adieu à la Colombie… ou peut-être un simple au revoir …

Cette fois c’est sûr, on ne nous y reprendra plus ! Nous n’adopterons plus ! Nous laisserons le plaisir à d’autres. Voici le récit de nos derniers jours sur Bogotá, et des derniers rebondissements de notre dossier d’adoption. 

De notre procédure sur Barranquilla, il nous restait à obtenir le jugement définitif, puis le nouvel acte de naissance de Yohan émis par l’Office Notarial de Barranquilla. 

Nous devions attendre jusqu’au mercredi 24 octobre. Cette attente nous a permis de jouer les touristes, plus que sur Barranquilla. 

Nous avons donc reçu les précieux documents de la part de Livia, puis nous sommes partis faire faire un passeport à Yohan, un  tout beau tout neuf. 

Comme le consulat de France à Bogotá n’accepte pas de déposer les dossiers de demande de visa du jeudi après-midi au lundi matin, nous avons passé un WE calme et serein. 

Une visite de sur les hauteurs de Bogota, au Cerro de Montserrate, le vendredi, une virée à Zipaquirá le samedi, d’ailleurs tout deux ont fait l’objet d’un article précédant. 

bogotaaurestaurant20071028.jpgNotre dernier dimanche, nous l’avons passé avec Sylvianne, notre traductrice, et son mari Carlos. Nous sommes partis déjeuner dans un restaurant typique colombien, en dehors de Bogotá, sur la route de Zipaquirá, Chia. 

Pas un de ces attrapes touristes, mais un VRAI restaurant colombien, comme ceux dans lesquels ils aiment descendre, enfin les classes moyennes, aisées et les nantis. 

Ce restaurant propose des plats typiques de la région de Medellín, dans un décor lui aussi typique, sans fioriture, avec des nattes de paille au mur. En salle, des tables en bois recouvertes d’une nappe multicolore, et des bancs très rustiques sur lesquels sont jetés des sacs en toile de jute bourré de coton et de laine. Au mur, au dessus des nattes de paille, d’anciens outils et ustensiles de « gauchos » complétaient le décor. Logique, puisque nous étions dans une région d’élevage. Pèles mêles, nous retrouvions des selles, des licols, mais aussi de vieux chapeaux. 

bogotaaurestaurant20071028ter.jpgNous avons bavardé un très long moment, en dégustant ces spécialités, en refaisant le monde, le notre, celui de la Colombie, et celui qui nous tiens à cœur, par-dessus tout, celui de l’Adoption. Nous en sommes ressortis avec plus de questions en tête que de réponse. 

L’avenir de l’adoption international en France, comme en Colombie nous inquiète. Les nouvelles mesures prisent en France et appliquées en Colombie ne vont pas améliorer les relations entre nos deux pays. Nous pauvres parents adoptifs, nous sommes au beau milieu de se brouhaha administratif, et en subissons les couacs à répétition. 

Malgré notre perplexité, nous avons ainsi passé un dimanche exquis, qui nous a fait sortir de notre environnement, parfois routinier, même si nous n’étions sur Bogotá et à l’Auberge que depuis une semaine. 

Mais le lundi arriva, avec son lot de procédure. Boum dès le matin, nous devons aller déposer notre demande de visa pour Yohan auprès du Consulat. Qu’à cela ne tienne, ni une ni deux, notre avocate, Martha pour ne pas la nommée, nous appelle pour que nous la rejoignons directement à l’Ambassade (le consulat étant au 5ème étage). 

Sans attendre, nous déposons notre dossier sans problème aucun. La seule restriction que l’AFA impose maintenant est que les adoptants doivent remette impérativement une copie au Consulat du certificat de conformité émis par l’ICBF central, lors de la remise du visa de l’enfant. 

« Aucun souci pour nous », nous lui rétorquâmes à madame la vice-consul, pour la rassurer, et nous aussi par la même occasion. Enfin c’est ce que nous pensions. 

En revenant à l’Auberge, Martha décroche le téléphone pour savoir quand pouvons-nous passer récupérer ce précieux document. 

- « Quoi, quel document, pour qui vous dites ?? » 

- «
La famille Mazoué… » 

- « Ah non, nous n’avons rien à ce nom ! » 

?!?!?! Imaginez un seul instant la trombine de notre avocate ? Plus décomposée que cela, difficile (mais si, mais si, lisez la suite…). 

Après renseignement, le problème venait encore de Barranquilla. La défenseuse des familles, celle qui s’était occupée de Yohan, et qui avait mélangé nos deux dossiers, c’était encore joyeusement planté dans son boulot, et avait ni plus ni moins « oublié » de transmettre les infos à l’ICBF Central ! 

Après des allées-retours sans fin entre Martha, et la Defensora de la Famillia, puis l’ICBF Central, Martha obtint enfin la confirmation que les infos nécessaires étaient bien arrivées par FAX à l’ICBF Central. 

Oufff. Avec un délai de 24 heures pour émettre ce document, nous avons convenu avec Martha d’un nouveau rendez-vous, le lendemain mardi, dans l’après-midi, pour nous rendre à l’ICBF et obtenir ce certificat de conformité. Ainsi nous pourrons récupérer le visa de Yohan mercredi matin, et prendre enfin l’avion du retour, l’après-midi même. 

Je vous passe les détails de l’après-midi du lundi, et du mardi matin. J’ai sûrement du allez pisser, plus une ou deux grosses commissions, tout comme Marion et Yohan, vraisemblablement. Enfin bref la routine quoi. 

Ce mardi après-midi, Martha viens me chercher, moi seulement, car nullement besoin d’y aller en famille. Le passeport en poche, me voilà parti rechercher ce sésame. Iliana pendant ce temps restait à l’Auberge,  Marion se reposant et Yohan faisant la sieste. 

Grosso-modo, il faut compter une petite demi-heure pour se rendre à l’ICBF. Pendant le trajet, je me remémorais notre longue discussion que nous avions eu avec Sylvianne ce dimanche, et en relatais quelques points avec Martha pour avoir aussi son avis. Ce qui est bien avec Martha, c’est que nous partageons les mêmes points de vue quant à l’adoption internationale en Colombie, et des relations Franco-colombienne à ce sujet. 

Nous voici enfin à l’ICBF. Avec Martha nous présentons nos papiers pour rentrer dans le saint des saints, le département Adoption de l’ICBF. 

C’est au 1er étage. Etant donné qu’Halloween est le lendemain soir, tout le bâtiment est décoré pour la circonstance, et le couloir nous amenant au bureau était recouvert du sol au plafond de papier kraft peint, barbouillé, afin de donner l’impression d’être dans une grotte, avec bien entendu plusieurs fausses toiles d’araignée suspendus, avec de belles tarentules dedans, toutes aussi fausses bien sûr. 

Le couloir parait très long, surtout quant on s’y rend pour obtenir un papier aussi important. 

Martha est chez elle, dans le service des adoptions. Elle connait tout le monde. Un « bonjour » par ci, un « buenas tardes señora » par là. Elle s’avance vers un bureau où se trouve un homme, peut-être le seul du service. Je lui emboite le pas immédiatement. 

Il se prénomme Ricardo, et engage la discussion avec Matha. Ils parlent, ou plutôt ils chuchotent ensemble, à propos de notre dossier et du fameux document, le certificat de conformité. Je ne perçois que quelques mots, mais à un moment je comprends que ça ne va pas dans le bon sens. Martha se décomposa à nouveau, encore plus rouge que la fois précédente (je vous le disais qu’elle pouvait faire pire !). 

Martha se retourne alors vers moi et me résume
la situation. Le document a bien été établi, mais malheureusement pas signé. La personne habilité à le faire, la sous-directrice, est en déplacement, et ne sera de retour que demain matin, voire ce soir, mais sans grande conviction. Nous voilà donc bredouille… 

En rentrant dans le bureau, Martha m’avait présenté à la nouvelle directrice du service adoption, madame Ilvia Ruth Cardena. Je demande donc à Martha si l’on ne peut pas demander à Ilvia Ruth de signer ? Malheureusement non, car ce n’est pas la sous-directrice des adoptions qui doit signer, mais la sous-directrice de l’ICBF, en charge du département famille et adoption. En gros la chef d’Ilvia. Et M…. 

Nous sommes quittes pour y retourner le lendemain matin… Bonjour la journée en perspective ! 

Nous devons donc obtenir ce certificat le mercredi matin de bonne heure, puis filer au Consulat entre 11:00 et 12:00 (pas avant et surtout pas après), pour obtenir le visa, après être passé par la case photocopie. Ensuite déjeuner, et courir à l’aéroport. Je ne vous cache pas que mon angoisse commençait dès le mardi après-midi à monter sérieusement. Nous étions donc coller au mur ! 

bogotalauberge20071031bis.jpgNous avions prévu, de faire une petite fête à l’Auberge pour fêter notre départ. Champagne, petits gâteaux, musique, la totale quoi ! J’avais convié Martha, pensant que nous serions revenus avec le certificat. Ben non pas de certificat, et nous voilà en plus à l’Auberge à 16:10. Un peu tôt tout de même. 

Qu’à cela ne tienne, on la fera tout de même cette fête, nom de dieu ! Alors on fait péter les roteuses, on ouvre les boites de gâteaux, que l’on verse dans un plateau, et hop,
la « Colegiala », une cumbia et que la fête commence. Au diable l’avarice ! 

Jusque vers 19:00, on a fait
la fête. Les gamins (8 au total) se sont jetés sur les jus de fruit, servis à leur intention, et sur les gâteaux bien sûr. Nous, nous nous étions réservés le champagne, normal non. La musique latinos a réveillé les hormones rythmiques de nos petits bouts colombiens, et ils sont partis à danser, à danser au son de chaque note. Marion, pour qui la musique est une seconde nature, a dansé tout autant, mais s’est à un moment arrêtée pour regarder une autre gamine danser comme une folle. 

Martha est restée avec nous jusqu’au bout… un grand moment pour nous, plein d’émotions, puisque vraisemblablement la dernière fois que nous passons un moment ensemble, autrement… 

La fête finie, la routine des diners a repris le dessus, en attendant fiévreusement le lendemain. 

Mercredi matin 5:45, me voilà réveillé ! Plus besoin de réveil ! La pression monte, dans l’angoisse de ne pas obtenir tous les documents, et de devoir à nouveau annuler notre vol. 

En attendant, je m’en vais acheter à la boulangerie française du coin des croissants, pour notre dernier petit-déjeuner colombien, ici à l’Auberge. Enfin j’espérais bien que ce serait le dernier. Positivons, positivons ! 

Martha m’avait dit qu’elle m’appellerait entre 8:30 et 9:00, pour me prévenir dès que le document serait signé. 

Je commence mon petit-déjeuner vers 8:00, seul. Les petits ne sont pas encore levés. Vers 8:30, je suis rejoins par toute la famille, et nous commençons à discuter de cette situation qui nous met encore la pression pour des conneries administratives. Jusqu’au bout nous aurons à les subir ses tracasseries. 

9:00, toujours rien ! 9:30, toujours rien ! La pression n’en finit pas de monter, monter ! A plusieurs reprises je me suis mis en alerte pensant que c’était Marta ou son mari qui venait nous chercher. Fausse alerte, et un bar de plus de pression au niveau de ma tension artérielle. 

9:40, je tiens plus, je décide de lui téléphoner, pour savoir où on en est ! Au même moment, j’entends dehors le bruit de l’alarme de son 4X4 ! Youpi, la voilà, elle vient nous chercher, moi et Laurent un autre père adoptif qui, lui aussi, doit aller chercher ce p… de certificat pour ensuite aller recherche les visas de ses gamins (une fratrie). 

C’est bien elle, mais pas avec de bonne nouvelle ! A 9:30 la sous-directrice n’avait toujours pas signé ! ARRRRGGGGHHHH 

Elle retentera dans 15 minutes… 9 :45, elle appelle… Même motif, même punition !  Ricardo (le préposé de l’ICBF), lui sous entend de rappeler vers 10:00 ! 

10:05. Martha retente à nouveau…on attend, on attend… résultat… elle a signé, les trois certificats, le notre et les deux de Laurent & laure… YOUPI !!!! 

Nous partons donc, à fond de cinq, chercher ces documents. L’euphorie du moment a fait à nouveau place à l’angoisse de l’embouteillage inextricable qui nous empêcherait d’arriver à temps au Consulat pour les visas… Malgré les mots rassurant de Martha, je n’arrive pas à me désangoisser. 

Allons-nous être à l’heure au Consulat ? En tout cas nous sommes arrivés relativement vite à l’ICBF, en comparaison de
la veille. Après avoir montré patte blanche à l’accueil, nous gravissons prestement les marches qui nous séparent du 1er étage et du bureau qui nous intéresse. Laurent, avec qui nous partageons beaucoup de chose, la même galère, la même avocate, découvre les locaux, et moi, comme blasé, je lui fais la visite… 

Une fois arrivée dans le bureau, nous nous installons dans une petite salle, et Martha récupère de son côté les Certificats et nous les remet pour une dernière relecture, pour s’assurer qu’aucune erreur ne s’y trouve, surtout vis-à-vis des noms, prénoms, dates, et n° de passeport de chacun. 

Nous parcourons chacun nos documents, puis sans erreur constatée, les signons. 

Un dernier bonjour, au-revoir, et nous voilà reparti de l’ICBF, pour une nouvelle course, celle aux visas. 

A part quelques embouteillages, sans plus, nous rejoignons notre quartier, qui se trouve être aussi celui de l’Ambassade. Martha nous jette au coin d’une rue, devant un magasin de reprographie, puis continue sa route, afin de courir, encore, pour légaliser un autre jugement pour une autre famille, un autre enfant… A la limite, on se demande réellement si ce n’est pas plus un sacerdoce qu’une profession, tellement elle y met tout son cœur, ses trippes ! 

De notre côté, après les formalités d’usage pour pouvoir y pénétrer, nous entrons dans l’ambassade. Nous nous rendons immédiatement au 5ème étage, celui du Consulat. Nous attendons quelques minutes, et dès que le bureau de la responsable des visas s’ouvre, je m’y précipite et y suis reçu immédiatement. 

Je suis toujours fébrile, car la MAI a de 24 à 72 heures pour donner son accord de délivrance du visa. Nous n’en sommes qu’à 48 heures… mais très vite Monique (c’est son prénom…) me rassure en me disant qu’elle venait de recevoir les accords. Me voilà rassuré et libéré. Elle me demande de faire rentrer aussi Laurent, histoire de faire une pierre deux coups. 

Nous redescendons, et elle nous laisse dans la salle d’attente du RDC, afin qu’elle aille à l’Ambassade pour émettre les visas pour nos trois enfants (le notre et les deux de Laurent et Laure). 

L’attente fût longue mais douce et agréable, plus de stress, si ce n’est celle de l’après-midi à venir à l’aéroport, mais pour la bonne cause, le retour chez nous. 

Encore un nouvel « Au revoir », chaleureux de la part de Monique (c’est fou comme on devient pote facilement ici, en Colombie), et hop, retour à l’Auberge. On fait part à nos p’tites femmes respectives de la bonne nouvelle, et pouvons enfin souffler. Oh joie ! 

Un dernier repas à l’Auberge, avec un nœud dans l’estomac, pour Iliana et moi. Nous sommes partagés entre deux sentiments, celui d’être heureux de rentrer chez nous et retrouver tous ceux que nous avions laissés il y a presque deux mois, et triste de quitter ce pays, si généreux, qui nous a tant donné, de l’amitié, et surtout notre fils, le petit frère de Marion. 

bogotalaubergeyohanmarion20071031bis.jpgJ’insiste, mais elles ne se font pas prier nos aimables hôtesses de l’Auberge. Luz, Martha (pas notre avocate),  Rosalba, la plus jeune et Nina, la plus âgée et la plus volubile, toutes posent avec nos deux petits bouts pour une photo souvenir, histoire de ne pas les oublier, de ne pas en laisser une miette, de se rappeler de tous ces instants. 

Encore deux ou trois bricoles à mettre dans les valises, et nous voilà fin prêt. J’en profite une dernière fois pour aller consulter ma messagerie, et d’envoyer quelques mails, et de poster pour la dernière fois un article sur notre Blog, mais en vain. Martha, notre avocate (je sais c’est compliqué, mais en Colombie c’est un des prénoms les plus répandus) vient d’arriver, pour nous amener à l’aéroport. Il est 15:00, et notre vol est à 18:30. Un peu tôt pensons-nous, mais la complexité de l’enregistrement donnera raison à Martha. 

Nous profitons du trajet vers l’aéroport pour regarder une dernière fois Bogotá et le paysage colombien. Nous arrivons, tout compte fait assez vite à l’Aeropuerto El Dorado de Bogotá. Le temps de trouver un porteur (les chariots ne sont pas en libre service en Colombie), et nous nous retrouvons tous les quatre dans la salle principale. 

Nous avions d’ores et déjà pris la décision de faire plastifier nos trois valises, ce que faisons dès notre entré dans l’aérogare. 

Martha nous rejoins, après avoir déposé sa voiture au parking. Tout de suite elle me dit que nous allons directement faire faire l’enregistrement de nos valises, en passant par la file des 1ères  classes, puisque j’ai déjà les cartes d’embarquement (obtenues sur Internet). 

Aussi tôt dit, aussitôt fait. La particularité de l’Aéroport El Dorado est le passage des bagages au sas de contrôle radiographique, avant l’enregistrement. Nos valises prennent donc un chemin, moi un autre, juste à côté, pour valider notre enregistrement. J’attends mon tour, seule une personne est devant moi au guichet. Bien joué Martha ! 

C’est à mon tour. Je donne les papiers répond aux questions, et arrive le tour de mes valises. Je vais donc les rechercher, à la sortie du contrôle. La première, la seconde, je les dépose, elles sont pesées, étiquetées. Je tente de prendre la troisième, mais une main me bloque le bras. Un policier me fait comprendre que je dois ouvrir ma valise. Heureux que je suis ! Elle est plastifiée, sanglée et fermée à clef ! Le bonheur quoi ! Je m’exécute, déplastifie, désangle, déverrouille (et non pas « déclef »…) la valise, l’ouvre, et lui ce crétin de base, casquette visée la tête, fouille dedans, bien dans le fond, fait tomber quelques affaires, et me dit d’un ton sec « Ok, Ok, parte ! ». Je suis vert ! Il m’a fait ouvrir la valise, celle de vêtements, pour simplement « aérer » le linge ! Me voilà beau, avec ma valise ouverte, déjà que j’avais peiné à la fermer à l’Auberge, alors que tout était bien rangé dedans, maintenant tout déborde de chaque côté, et je dois la refermer en battant le record du monde, verrouillage et sanglage compris ! 

Je sue, râle, bougonne, mais j’y arrive ! Je peste sur le fait que j’ai payé la plastification de ma valise, et je me retrouve avec le plastic, mais à
la main. Heureusement, Martha, toujours elle, a vue le manège et est allée se renseigner auprès du « Plastifieur » en chef, qui accepte de me la replastifier à l’œil, mais, mais, mais, il faut l’accord du képi en chef, puisque ma valise doit repasser de l’autre côté du barrage de contrôle. Un autre policier accepte et je passe ma valise par-dessus les appareils de contrôle, sous l’œil vigilant des pandores, et enfin je peux la faire enregistrer une fois plastifier. Pffffff. 

Nous voilà maintenant partis pour une longue attente, puisque nous devons passer par l’immigration que vers 16:40. Nous passons le temps, en compagnie de Martha, mais aussi de Laurent, Laure, et leurs deux petits bouts, Nathan et Eléna. Ils nous ont rejoins à l’aéroport en espérant pouvoir embarquer sur le même vol que nous, leurs billets n’étant que pour samedi. 

L’attente, l’histoire de toute notre vie ! Nous voilà encore en train de l’appliquer, cette interminable attente. Attendre, le propre de l’adoptant. Nous sommes là, debout, au milieu de l’aérogare. Nous fustigeons Air France, leurs hôtesses, leurs stewards et leur fichu grève. Ils ont mis une sacré pagaille, car avec quatre vols annulés pour un seul vol par jour, c’est jour d’affluence ce mercredi 31 octobre. Tout le monde essayant d’obtenir une place. Normalement les adoptants sont prioritaires, du fait d’être accompagnés d’enfants, généralement en bas âge. 

Après avoir refait le monde pour la 10 fois au moins depuis que nous avons foulé le sol colombien, nous nous disons au revoir et nous souhaitons tout plein de bonnes choses à venir avec nos marmailles respectives. C’est encore avec la larme à l’œil. Décidément ! 

Martha nous accompagne encore, au 1er étage, pour passer l’immigration. Nous arrivons devant
la porte. Martha ne peut aller plus loin. C’est ici que nos routes se séparent. C’est maintenant le moment de ce dire au revoir, ou plutôt à bientôt. 

Franchement j’ai horreur des adieux. Plus te temps passe plus c’est pénible. Nos yeux pétillent, ceux de Martha aussi. Tant que l’on ne l’a pas vécu, on ne peut s’imaginer la violence et la force de ces sentiments qui nous envahissent à chaque rencontre, et la tristesse qui nous submerge à chaque séparation. Malheureusement certaines séparations seront pour une longue durée, comme avec Martha. 

Nous nous étreignons fortement, Marta nous dit «  A très très bientôt j’espère ! ». Elle sait que nous ne referons pas une nouvelle demande d’adoption. Elle souhaite tout simplement nous revoir en tant qu’amis, et non plus qu’en tant que clients. 

C’est de ces gens là que nous avons du mal à nous séparer. Ceux qui nous ont aidés, épaulés, rassurés. C’est vraiment une aventure humaine qui nous marquera à tout jamais. 

Nous nous éloignons, en nous retournant, nous la saluons de la main une dernière fois. Notre cœur est triste. Elle repart rejoindre Laure et Laurent et tenter de les faire monter dans un avion, qu’il soit d’Air France ou d’Iberia. Elle s’investit à fond, elle donne tout ce qu’elle là, du fond du cœur. 

Voilà, nous passons
la porte. Ahhhhhhhh ! Une queue de plus de cent personnes devant nous ! Horreur ! Et les gamins qui râlent déjà, parce qu’ils sont éreintés, et je les comprends ! 

Nous allons rester là, encore debout, quasiment immobile, pendant plus de 45 minutes. Marion est malade depuis quelques jours, elle se plein de maux de ventre et se vide à grandes eaux, par tous les orifices à sa disposition (c’est poétique non ?). Et bien entendu, depuis toute cette attente, la voilà en train de se tortiller, et tout d’un coup nous lance : « Maman sa coule dans mes fesses ! ». Il ne manquait plus que ça ! 

Nous lui demandons de « serrer » les fesses et d’attendre, c’est bientôt notre tour. Elle acquiesce. 

Enfin notre tour arrive. Un bureau sur son piédestal, protégé par des vitres tout autour, nous en contrebas. Derrière, l’officier judiciaire nous dévisage. Nous nous débarrassons de notre barda. Nous lui remettons les documents à son intention. Une copie du jugement, le certificat de naissance de Yohan, et bien entendu nos quatre passeports. 

Iliana demande immédiatement si elle peut passer pour emmener Marion aux toilettes. « NON ! Retournez en arrière, avant la porte de la file d’attente, les toilettes sont là ! ». Iliana hésite, moi aussi j’avoue, mais c’est tellement urgent, qu’elle y va bon gré mal gré. 

Pendant ce temps, je suis interrogé, comme si j’étais coupable de quoi que ce soit. Il demande à voir Yohan, lui pose quelques questions, pour savoir si c’est bien le bon gamin. 

- Comment tu t’appelles ? 

- Yohan ! 

- Quel âge as-tu ? 

Yohan se pétris les doigts et lui montre deux doigts et une autre moitié avec les autres. 

A moi il me pose une question particulièrement piège. « Quelle est la date de ce document ? » en me montrant le jugement, face cachée. Heuuu, j’avoue que je n’ai pas révisé. Je lui sors trois dates, le 11 octobre, le 17 octobre, et le 24 octobre, correspondant chacune à une étape de notre procédure. Puis je lui dis que pour nous, nous avons signé le 17 Octobre. 

Apparemment, ma réponse et celle de Yohan lui conviennent ! Ouf ! Iliana revient à ce moment. 

J’avoue que durant l’interrogatoire, j’étais inquiet. Iliana et Marion d’un côté du barrage, et Yohan et moi de l’autre. Mais ce qui m’inquiétait le plus c’était le fait qu’Iliana était incapable de présenter quoique ce soit comme papier, puisque c’était moi, ou plutôt l’officier devant moi qui les avait. 

Tous les quatre à nouveau réunis, j’étais rassuré. Voilà une nouvelle étape de franchis. Il ne nous restait plus que le contrôle de nos bagages à mains, ceux que nous emmenions avec nous en cabine. 

Aucun souci majeur à ce moment là, hormis le fait que l’on nous presse systématiquement pour débarrasser le plancher, mais avec deux pirates et nous chargé comme des mulets, ce n’est pas très évident de remettre sa ceinture, de remettre l’ordinateur portable dans le sac tout en se chargeant le sac à dos, de remettre sa sacoche autour de la ceinture, de reprendre sa veste et les deux sacs à dos des pirates, sans oublier Yohan qui faisait marche arrière. 

On pensait en avoir fini, vu que nous en avions plein les bottes, ou du moins les chaussures. Et ben non ! Et hop, un nouveau contrôle, celui de l’intérieur des sacs. ?! ?! ?! ?! 

J’avoue que j’y perdais mon latin, langue que je ne connais pas du reste. Pourquoi contrôler manuellement ce qu’ils venaient de contrôler via le sas radiographique ? Personne ne pourra me répondre. Histoire de complexifier les choses, il faut se mettre sur deux files, une pour les femmes, l’autre pour les hommes. Donc j’ai pris Yohan avec moi, et Iliana avec Marion de son côté. 

Fouille brève du sac à dos, et me voilà libérer. Enfin presque, me revoilà à nouveau arrêté par un policier qui me demande de repasser par la fouille des sacs. Hola ! J’y suis déjà passé que je lui dis dans mon espagnol approximatif, tout en lui montrant mon « fouilleur ». « Ok Ok » marmonne t-il. Mais ne voulant pas en rester là, il me fait une fouille au corps en règle. Il ne me manque plus qu’un touché rectale, et tout y sera passé ! 

ENFIN, nous voilà libérés de tous ces barrages et contrôles, nous nous trouvons maintenant dans la salle d’embarquement n°4, en attendant de pouvoir embarquer. Il est tout de même 17:40, soit une bonne heure après avoir monté l’escalier pour nous rendre à l’immigration. Je comprends mieux pourquoi Martha tenait tant à nous emmener à l’aéroport aussi tôt. Ce n’était pas pour se débarrasser de nous le plus vite possible, mais bien pour s’assurer que nous serions dans les temps pour embarquer dans l’avion. 

avionretour.jpgNous voyons l’avion par la baie vitrée de
la salle. Marion et Yohan sont comme deux piles électriques. Impossible de les faire tenir en place. 

18:00. Ca y est, nous montons dans l’avion. Très vite nous trouvons notre rangé, nous nous y installons tant bien que mal, le temps de caser tout notre fourbi dans les coffres, et nous voilà assis. 

Nous décollons dans les temps. Nous voilà sur le chemin du retour. Une petit larme à l’œil pour nous deux. Un sentiment étrange nous envahi. Quelque part au fond de nous, nous avons hâte de revoir Martha, Sylvianne et tous les autres. Mais nous savons malheureusement que ce ne sera pas pour demain, ni dans un mois, un an, mais pour dans bien plus longtemps ! 

Après 10 heures 30 de vol, nous atterrissons à Paris Roissy Charles de Gaulle. Le vol s’est relativement bien passé. Enfin presque, puisque en pleine nuit, vert les 2 heures du mat’, Marion a été malade, et  a remis à son cher papa tout son diner, à base de jambon. Oh qu’il est beau le papa, avec son pantalon, son sweat, plein de bouilli de jambon. En plus côté odeur, j’étais servi. Immédiatement j’ai réveillé Iliana pour qu’elle me vienne en aide, qu’elle me débarrasse du plus gros, et qu’ensuite je puisse me lever et me laver, enfin comme on peut se laver dans un avion. 

Pendant ce temps, Yohan continuait à dormir, de tout son saoul, il ne c’est rendu compte de rien. 

avionretourlespirates.jpgQuant à Marion, elle était « moins touchée » que moi concernant l’aspect vestimentaire, mais au sujet de son état physique, elle était blanche comme un linge, et l’on essaya de la réchauffer comme on pu. Par fatigue elle s’endormit, pour ne se réveiller que peu de temps avant l’atterrissage. Yohan lui, ne s’aperçu de rien, même pas de l’atterrissage,  et se réveilla une fois l’avion arrêté devant la passerelle de débarquement, Aérogare 2 Hall C. 

Les formalités de sortie nous ont paru rapides, en comparaison de celles de Bogotá. Nos bagages enfin récupérés, nous pouvons nous diriger vers la porte de sortie. 

Une grande partie de la famille nous attendait. Nos parents respectifs, et nos sœurs respectives. Marion attendait ce moment depuis bien longtemps, mais vue son état physique, elle n’était pas en mesure d’apprécier à sa juste valeur cet accueil. 

On sentait bien que tout le monde était très ému de se retrouver. La rencontre avec Yohan était presque devenue secondaire. Mais très vite les « bonjour Yohan » se firent entendre, se qui détendit l’atmosphère et évita les pleures de chacun. 

Direction les parkings. Nous répartissons les bagages dans les deux véhicules. Yohan, Iliana et moi-même sommes montés dans la voiture de Nonno, le père d’Iliana. Marion avec sa tata Zaza, son papi et sa mamie. 

Nous connaissons pourtant la route par cœur, pour l’avoir faite à maintes reprises, mais ce trajet avait quelque chose d’irréel, une sensation de mal être. Nous avions l’impression de n’être parti simplement que depuis quelques jours et en même temps de ne pas être chez nous. Tout était différent et tout nous semblait familier (normal vous allez me dire). Etrange, vraiment étrange, quasi indescriptible. 

La voiture tourne à droite, puis de suite à gauche. Monte le Chemin Parallèle. Plus que 40 mètres, 20 mètres, … ça y est, nous sommes revenus chez nous. Ca me fait tout drôle de rouvrir le portail après près de 2 mois. 

La voiture roule sur les graviers, s’arrête. J’ouvre la porte, prend mon fils dans les bras. J’ouvre la porte de
la maison. Yohan est maintenant et à tout jamais chez lui. 

Sa réaction est très surprenante. Nous nous attendions à de l’appréhension, des pleures même, avec ses larmes de crocodile. Et bien non, rien de tout cela. Il est rentré comme s’il revenait de faire du toboggan dans le jardin. Chez lui qu’il est ce petit bonhomme. Dommage que Marion n’est pas là, qu’elle ne soit pas encore arrivée. J’aurais tant souhaité que tout le monde arrive en même temps, et que ce soit Marion qui, le tenant par la main, lui fasse découvrir sa maison, leur maison maintenant. 

Voilà, la boucle est bouclée, nous revoilà au point de départ, non pas à trois mais bien à quatre. Maintenant démarre une nouvelle vie, une autre vie, que nous allons construire, que nous nous devons de réussir, à quatre. 

… La suite de nos aventures au prochain épisode… mais quand ??? 

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